Méduse en vue

Méduse en vue

1 avril 2018 1 Par admin9056

Les méduses, sous l’eau, sont de véritables fées de lumière, de transparence et d’élégance. C’est ainsi que nous pouvons les admirer par exemple dans le magnifique aquarium de Valencia (Espagne) Mais si par malheur nous effleurons l’un de ses filaments invisible nous ressentons brutalement une sorte de décharge électrique qui se transforme en quelques secondes en douleur lancinante apparentée à celle d’une brûlure. Ensuite, pour la plupart des méduses l’érythème est immédiat et délimite nettement la zone de peau agressée. L’évolution spontanée se caractérise par un retour à la normale en quelques heures, quelque fois suivie de l’apparition de cloques puis de nécrose de mauvaise qualité avec lésions pigmentées définitives.

Pour comprendre ce qu’il se passe et savoir que faire, reportons-nous aux conseils du n° 228 de Médecine Tropicale 2007.67.3

Pourquoi éprouvons-nous cette forte douleur ? Ce très intéressant article “Venin Trop” de R Bédry et de L de Haro sur les invertébrés marins venimeux nous apprend que les méduses possèdent des tentacules constituées de filaments sur lesquels sont apposés des cellules très spécialisées (nématocystes) contenant un véritable harpon prolongé d’un filament barbelé. En cas de contact avec cette cellule, celle-ci propulse le “harpon” et son filament occasionnant une blessure dans laquelle est injectée une dose de venin, différent selon l’espèce en cause. Ce mécanisme allie ainsi les fonctions d’un fusil-harpon et d’une seringue ! En cas de contact, nous recevons des milliers de blessures avec injection de venin. De plus, certaines cellules qui n’ont pas éclaté restent sur la peau et éclatent au moindre contact supplémentaire (lors de la désinfection par exemple). Ces cellules étant sensibles au milieu, il est important de ne jamais nettoyer ce type de plaie avec de l’eau douce ! (pour la petite histoire l’eau douce est hypo-osmotique par rapport à l’eau de mer ce qui fait éclater immédiatement toutes les cellules restantes).

L’un des objectifs du traitement consiste à enlever les tentacules invisibles collés à la peau, et qui n’ont pas encore largué la totalité du venin :

  • empêcher la personne de se frotter pour ne pas libérer tout le venin restant
  • pour traiter la blessure, mettre des gants pour éviter le contact avec les cellules non éclatées
  • bien rincer la peau à l’eau de mer (voir plus haut pourquoi)
  • saupoudrer la blessure avec du sable sec (ou encore avec de la mousse à raser si vous en avez à portée de la main), qui en contact avec la peau humide, va former un placard piégeant les tentacules
  • ôter le sable (ou la mousse à raser) grâce à un morceau de carton rigide (type carte de visite)
  • puis soigner la plaie comme une brûlure thermique du premier degré (antiseptique local et crème cicatrisante)

Mais heureusement toutes les méduses ne sont pas venimeuses, et je me rappelle les jeux (idiots d’accord) que nous avions en Suède où certains connaisseurs saisissaient quelques innocentes méduses pour les lancer à la tête du voisin…

Toutefois attention à celles qui folâtrent sur les côtes australiennes (de Gladstone dans le Queensland jusqu’à Broome sur la côte ouest) ou encore celles du golfe du Mexique à proximité des mangroves, voire aux Philippines et au Japon.  Ces cuboméduses possèdent 4 à 5 milliards de nématocystes sur près de 60 tentacules transparentes réunies en 4 groupes dont le venin contient des protéines de haut poids moléculaire pouvant occasionner des troubles cardiaques et vasculaires., voire neurotoxiques et nephrotoxiques. Il existe un sérum antivenimeux pour ces cas extrêmes : “CSL Boxjellyfish antivenom”.

D’autres méduses, celles  du type carybdiedé, qui se distinguent des précédentes par la présence de 4 tentacules seulement sont responsables d’un syndrome d’ “Irukandji” (douleurs lombaires et abdominales, crampes des 4 membres à la fois…) Certaines de ces méduses se rencontrent dans le golf d’Oman et sur la côte ouest de l’Afrique voire sur la côte ouest de la Floride et même en Australie et au Japon. Pour ces cas, pas de sérum antivenimeux.

Pour ces 2 types de méduse   il est recommandé de baigner la blessure avec de l’acide acétique dilué au moins 30 secondes (vinaigre ou jus de citron vert par exemple) sinon avec de l’eau de mer mais surtout pas d’alcool ou d’eau douce . Le but est d’inhiber l’activation des cellules non éclatées. Ce traitement n’a pas d’effet sur la douleur (qui peut être combattue par le froid) ou le venin mais a un effet préventif très efficace  en attendant les secours et peut permettre une réanimation d’urgence. Attention à ne pas oublier la protection pour les mains des sauveteurs… !

Bref dans ces eaux une légère combinaison intégrale en tissus fin est souvent la meilleure méthode pour éviter ces contacts à moins de se baigner dans ces plages fermées par des filets de protection comme en Australie…