Les gestes qui sauvent

Les gestes qui sauvent

6 juin 2018 0 Par Annie Lacarin

Il n’est bien sûr pas question de donner ici un cours de sauvetage, je voudrais simplement sensibiliser à cet apprentissage et rappeler les bases pour ceux qui ont suivi ce cours. Oui, apprendre les gestes vitaux est nécessaire et, à mon avis, cela devrait être appris dès l’école.

Il me semble que au moins 4 gestes sont à savoir sur un bateau  :

  • comment déplacer un ami qui a perdu conscience
  • comment l’installer confortablement
  • comment réchauffer quelqu’un qui est tombé à l’eau
  • comment le réanimer si nécessaire

DEPLACER

voir la vidéo : https://youtu.be/TRmqzCTFuVY

Nous savons que déplacer quelqu’un est délicat, surtout après une chute. Le simple déplacement peut l’handicaper à vie. Cependant doit-on le laisser sur place si cet emplacement est trop dangereux ? Imaginons que dans une tempête quelqu’un est tombé et s’est évanoui sur le pont qui roule bord à bord… Attention au sur-accident, il serait ballot de passer par dessus bord en voulant sauver un équipier. La question difficile de l’évaluation des risques pour le sauveteur doit se poser… Pas question de risquer une seconde vie, la procédure de sauvetage doit être sécure.

D’abord est-il réellement inconscient ? Malgré nos sollicitations il ne répond pas.  Il faut l’évacuer avec précaution et pour le blessé et pour les sauveteurs.

En cas de danger évident, le maintien des fonctions vitales prime sur le lésionnel et la rapidité de la mise en sécurité est importante. Autant que faire se peut ne pas aggraver les lésions du blessé. Attention aux cervicales et attention de ne pas tirer inconsidérément sur les membres (en cas de fracture…) Se rappeler que l’on doit toujours respecter l’axe tête-tronc et si possible, en cas de traumatisme, mettre un collier cervical (minerve)  ou au moins une grosse serviette roulée autour du cou. Et ALERTER LE CROSS (pan pan) quitte à annuler l’alerte si la situation est moins grave que prévu.

2 manières de le déplacer seul

  • On peut le mettre à l’abri sur le même niveau : on le tire doucement par les pieds ou par les poignets
  • on doit descendre ou monter de niveau : le sauveteur se positionne derrière la victime. Il la met assise en positionnant ses bras sous les aisselles, prend les poignets et plaque la victime contre lui.

Un fois mis en sécurité, reprenez la fiche médicale de liaison pour faire le bilan vital et prendre les décisions si nécessaire avec le Cross (voire la fiche de liaison https://vivreenmer.com/la-fiche-medicale-de-liaison/ ‎

LES POSITIONS DE SECURITE

4 positions de sécurité en fonction du bilan vital en sachant que si la personne est consciente, il nous faut respecter la position dans laquelle elle se sent le mieux :

  • en général la personne est allongée sur le dos les bras le long du corps, c’est la position qui permet de faire le bilan
  • la personne marque une détresse respiratoire : nous surélevons son buste et sa tête d’environ 30°. Cela facilite la respiration en libérant le diaphragme du poids des viscères. C’est une position qui doit paraître confortable à la victime qui devrait pouvoir mieux respirer.
  • La personne est blanche, tension basse. Nous surélevons ses jambes. Cette position permet d’augmenter le volume de sang  irriguant les organes vitaux.
  • La personne respire mais est inconsciente . On ne laisse jamais une personne inconsciente qui respire à plat dos, car elle pourrait vomir et s’étouffer. Nous la mettons en position latérale de sécurité après avoir bien vérifié que les voies aériennes sont libres.Voir la vidéo sur youtube : https://youtu.be/Eak9JO1zO2U .
  • Nous reprenons ici les actions successives pour la position latérale de sécurité :
    • Agenouillez-vous à coté de la victime (au niveau de sa taille), desserrez son col, sa ceinture et retirez-lui ses lunettes.
      Assurez-vous que ses jambes sont allongées côte à côte. Si ce n’est pas le cas, rapprochez-les délicatement l’une de l’autre, dans l’axe du corps de la victime.
      Agenouillez-vous à ses côtés et, dans la mesure du possible, dénudez sa poitrine.
    • Placez le bras de la victime le plus proche de vous, à angle droit de son corps. Pliez ensuite son coude tout en gardant la paume de sa main tournée vers le haut.
    • Placez-vous à genoux à côté de la victime.
    • Saisissez d’une main le bras opposé de la victime et placez le dos de sa main contre son oreille côté sauveteur.
    • Maintenez la main de la victime pressée contre son oreille, paume contre paume.
    • Avec l’autre main, attrapez la jambe opposée, juste derrière le genou et relevez-la tout en gardant le pied au sol.
    • Placez-vous assez loin de la victime au niveau du thorax pour pouvoir la tourner sans avoir à vous reculer.
    • Tirez sur la jambe pliée afin de faire rouler la victime vers vous jusqu’à ce que le genou touche le sol. Le mouvement de retournement doit être fait sans brusquerie, en un seul temps. Le maintien de la main de la victime contre sa joue permet de respecter l’axe de la colonne vertébrale cervicale.
    • Ouvrez la bouche de la victime avec le pouce et l’index d’une main, sans mobiliser la tête, afin de permettre l’écoulement des liquides vers l’extérieur.Dégagez votre main qui est sous la tête de la victime, en maintenant le coude de celle-ci avec la main qui tenait le genou (pour ne pas entraîner la main de la victime et éviter toute mobilisation de sa tête).
    • Si les épaules de la victime ne tournent pas complètement, coincez le genou de la victime avec votre propre genou, pour éviter que le corps de la victime ne retombe en arrière sur le sol, puis saisissez l’épaule de la victime avec la main qui tenait le genou pour achever la rotation.
    • Fléchissez la jambe du dessus pour que la hanche et le genou soient à angle droit (de façon à stabiliser le corps de la victime).

Avec nos remerciements à l’Observatoire National du Secourisme pour la reprise de certains passages du guide de formation aux premiers secours et de quelques images.

 

L’HYPOTHERMIE

Un homme à la mer ! L’un des coéquipier donne l’alarme, et lance la bouée de secours à l’eau, Il ne doit pas  quitter la personne à l’eau des yeux. On marque le lieu sur le GPS et on lance l’alerte sur la VHS (bouton rouge), on fait demi-tour et on essaie d’accueillir le naufragé sur le côté du bateau. Je ne détaillerai pas ici la manoeuvre qui ferai l’objet d’un autre article. Mais la personne récupérée a de grandes “chances” d’être en hypothermie..

La vidéo : https://youtu.be/tNuZKWnxfzc

Nous perdons 25 fois plus de chaleur dans l’eau que dans l’air. Si la peau se refroidit très vite, il s’écoule 10 à 15mn avant que la température du coeur et du cerveau ne commencent à baisser. L’évanouissement apparaît quand la température interne du corps approche les 32°. La meilleure position à adopter AVEC SON GILET DE SAUVETAGE, est la position HELP (Heat Escape Lessening Posture), recroquevillé, bras serrés sur le torse, cuisses serrées et genoux relevés ce qui protège les zones du corps qui se refroidissent rapidement. Dans l’eau à 10° cette posture peut nous faire garder 4heures de survie (soit le double d’un personne restant debout dans l’eau et 4 fois plus qu’un nageur qui s’épuise et dissipe encore plus sa chaleur)

Les premiers soins : mettre la personne dans un endroit sec et abrité. Ne lui enlever ses vêtements mouillés que si vous avez des vêtements de rechange à lui passer immédiatement ou si vous êtes dans un endroit chaud. Si la personne a une température d’environ 36° aucun traitement autre que de changer les vêtements et se mettre au chaud n’est nécessaire.

Si la personne est pâle, les pupilles contractées, réagissant peu à la lumière, respiration lente et difficile, avec de violents tremblements entrecoupés de périodes de rigidité musculaire, sa température a chuté au-dessous de 36°.

Ne pas frotter les bras ou les jambes car cela entrainerait une plus grande circulation d’un sang froid vers le coeur et le cerveau et pourrait entraîner un évanouissement. Réchauffer d’abord LE TORSE. De l’oxygène ou de l’air chaud et humide c’est le mieux. Si on peut transformer une annexe en baignoire, donner un bain entre 38 et 40° en laissant les bras et les jambes hors de l’eau  c’est parfait (mais personne n’y croit sur un petit bateau en condition difficile) sinon une douche chaude, des couvertures chauffantes, une bouillotte ou une bouteille d’eau chaude sur la poitrine. Dans les cas critiques  les sauveteurs peuvent se dévêtir jusqu’à la taille et se blottir contre la victime dans une couverture ou un sac de couchage. Ne donner des boissons chaudes que si la victime est consciente et bien éveillée (pas la peine de faire une fausse route…). Si la victime se raidit, est inconsciente ou présente des symptômes de perte de lucidité, parole empâtée par exemple, la condition est critique même si la personne ne tremble pas, appeler les secours médicaux d’urgence

LA REANIMATION CARDIOPULMONAIRE 

la vidéo : https://youtu.be/3–0b-_6s4c

La réanimation doit se faire aussitôt que possible. La personne est inconsciente et ne respire pas. On vérifie immédiatement que ses voies respiratoires sont libres en basculant doucement  la tête en arrière (une main sur le front et 2 doigts sous le menton) et en lui ouvrant la bouche (pas de corps étrangers ?). On surveille sa respiration pendant 10 secondes (est-ce que sa poitrine se soulève, perception d’un souffle, elle ne réagit pas à nos questions, pas de mouvements, toux etc…). On positionne alors le talon d’une main sur la moitié inférieure du sternum, la seconde main au-dessus de la première et on ramène cette première main sur la seconde, on relève les doigts et on commence les 30 compressions pour 2 insufflations à raison de 100 par minute. La compression est profonde : environ 5 cm ou 2 pouces.(et un et deux, et trois…). Chez les bébé on procédera avec 2 doigts et on poussera que de 4cm. Si c’est possible, mettre des gants (la personne peut vomir !)

Il est préférable d’avoir un masque d’insufflation pour éviter la transmission de microbes mais on fait au mieux . On souffle jusqu’à voir se lever la poitrine, on écoute l’air qui sort pendant qu’on prend sa 2e respiration.

Tous les 5 cycles de 30 compressions, vérifier l’état de la victime. Si sa respiration a reprise, la mettre en position latérale de sécurité. On n’arrête pas la réanimation tant que les secours ne sont pas intervenus, mais en mer, ils peuvent être très longs ! L’hypothermie protège relativement le cerveaux et un aspect de mort apparente ne doit pas décourager.

Le mieux, bien sûr est d’avoir un défibrillateur dans le bateau… Mais même dans ce cas, on commence la réanimation le temps d’installer l’appareil.

 Les conseils ci-dessus ne remplacent pas une formation au secourisme dispensée par un organisme agréé ou une association habilitée (Croix Rouge, Protection Civile,…). Seule une telle formation vous permettra de pratiquer le secourisme avec un maximum d’efficacité et de sécurité surtout en situation de crise. Le stress d’un accident est tel pour l’équipage que seuls les réflexes acquis en amont peuvent permettre  d’intervenir efficacement… La panique n’est jamais loin quand une vie est en jeu.

Mais heureusement cela n’arrive pas tous les jours… Alors haut les coeurs !

Grand Merci au Docteur Yves Delorme qui a bien voulu me donner quelques conseils. sur la rédaction de cet article.

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