Récupération de l’homme à la mer

Récupération de l’homme à la mer

3 juillet 2018 2 Par Annie Lacarin

Comme demandé et redemandé, voici un article sur comment récupérer un homme à la mer.

Mais d’abord un rappel : le mieux est de ne pas tomber à la mer ! Cela veut dire

a) messieurs vous n’allez pas faire pipi sur la plage arrière du bateau sans vous attacher… Bon c’est vrai que c’est “chiant”, mais 50% des noyés (dit-on) ont la braguette ouverte. Alors le capitaine prévoit une longe pour vous attacher et vous aurez les mains libres si vous respectez ces consignes

b) de nuit ou par temps fort (vent ou/et houle) nous mettons OBLIGATOIREMENT nos gilets de sauvetage ET nous nous attachons à la ligne de vie. (Oui, ça c’est chiant, mais c’est comme ça). Bon vous savez très bien que le gilet de sauvetage vous devez toujours l’avoir sur vous à bord LA SOUS CUTALE PASSEE (c’est la lanière qui passe entre les jambes) et d’ailleurs quand il y a des enfants à bord j’ai vu beaucoup de parents leur imposer le port du gilet. Ils sont maintenant si légers et si peu contraignants… Je sais que 80% des naviguants disent que la sécurité c’est le plus important, mais 60% de ceux qui naviguent en Méditerranée avouent ne pas la porter tout le temps (pour ne pas dire jamais).  Au moins ayez la à portée de main !

c) vérifiez tous les équipements de sécurité avant de partir et plus particulièrement

  • la perche IOR est bien à poste
  • la bouée ou le lifesling est bien à poste
  • les gilets de sauvetages sont bien réglés à la taille de chacun et les pastilles d’air comprimée s’affichent bien au vert, les lampes ont une pile neuve
  • nous, nous avons ajouté à chaque gilet : une lampe longue portée, longue durée, une perche IOR personnelle et une balise . Vous comprenez, nous ne sommes que 2 à bord et la nuit nous dormons à tour de rôle si bien que si le pilote tombe à l’eau la nuit, il peut se passer un petit moment avant que l’autre s’en aperçoive. Il vaut mieux pouvoir le repérer rapidement soit avec la balise soit avec sa lampe à éclats

Bon imaginons que malgré toutes nos précautions une grosse vague a bousculé votre coéquipier non relié à la ligne de vie, et l’a poussé par dessus bord, ou qu’il ne se soit pas attaché quand il est allé faire pipi dans l’eau… Ne riez pas, nous avons eu le cas d’une personne qui s’était un peu blessée le pied et qui a voulu le rincer dans l’eau. Elle s’est accrochée maladroitement sur un siège qui fermait la plage arrière et qui bien sûr n’avait pas été bien arrimé…

Et bien, à l’eau les canards !…  Heureusement il faisait beau, nous étions tous sur le pont, mais le bateau filait bien toutes voiles dehors.

Je vous assure, le coeur monte immédiatement à 180 pulsations minutes. Nous venions de réviser notre mise à la cape et nous n’avons jamais fait aussi vite pour arrêter le bateau.

L’un d’entre nous, celui qui a signalé d’accident,  gardait les yeux fixés sur la personne à l’eau avec comme consigne de ne pas la perdre de vue, le bras tendu vers elle une fois la perche IOR et la bouée lancées.  Bien sûr elle était en maillot de bain sans son gilet de sauvetage et nous étions à plus de 6 miles des côtes. Nous avions tout faux. Bon je vous rassure, nous l’avons récupérée dans les 10mn.

D’abord il faut savoir qu’il n’y a pas de manoeuvre universelle reproductible pour tous les bateaux et tous les temps, mais voici l’ordre des opérations.

Je récapitule.

  • La personne témoin de l’accident ALERTE : HOMME A LA MER et ne la quitte pas des yeux en pointant la victime du doigt (la houle et la distance peut très vite nous faire perdre conscience de l’endroit de la chute).
  • LE BARREUR ARRETE LE BATEAU en lofant immédiatement (voir plus loin la manoeuvre)
  • ON BALISE LA ZONE  PAR TOUS LES MOYENS DISPONIBLES.
    • Dans l’idéal on jète la perche IOR  qui, étant plus longue, est plus visible et dérive moins.
    • et le Lifesling (sorte de ceinture flottante reliée au bateau par un cable de 50 à 100 mètres)
    • ou un feu à retournement et sa bouée et/ou des pare-battages, des coussins enfin tout ce qui flotte pour retrouver facilement la zone de chute
    • ON APPUIE SUR LA TOUCHE MOB (man over board – Homme à la mer) c’est la touche rouge protégée sur la VHF ou sur le GPS qui nous guidera vers l’endroit de l’accident… mais qui ne tient pas compte de la dérive éventuelle de l’homme à la mer
    • on note l’heure et la position GPS (qui pourra être communiqué aux secours)
    • on prépare le matériel pour le remonter à bord

Nous avons appuyé immédiatement sur le fameux bouton rouge de la VHF qui enregistre les coordonnées GPS et prévient le centre le plus proche. On lance également un appel sur la VHF 16 PAN PAN, PAN PAN, PAN PAN, ici le Green Dragon MMSI N°…, ici le Green Dragon MMSI N°… ici le Green Dragon MMSI N°… , nous avons un homme à la mer, coordonnées… On répète tout 3 fois

Comment on arrête le bateau ?   On LOFE (on remonte sur le vent) pour mettre le bateau “bout au vent” Cela casse l’erre (la vitesse restante du bateau). EN MEME TEMPS ON MET LE MOTEUR EN MARCHE AU  POINT MORT. On continue à virer pour mettre le foc à contre (la voile d’avant se colle sur les haubans), puis on tourne la barre dans l’autre sens (abattre)  écoute et hale-bas de grand voile choqués (complètement libérée, ouverte perpendiculairement au bateau) et on tourne de nouveau la barre dans l’autre sens . Cette mise à la cape qui stoppe immédiatement le bateau peut être faite par le barreur seul sans toucher aux écoutes en quelques secondes. On rentre les voiles et on fait demi-tour en poussant le moteur doucement jusqu’à dépasser l’homme à la mer, refaire demi-tour et remonter doucement au bon près jusqu’à lui.

Il existe à ma connaissance 3 autres type de manoeuvres : en huit, à la ralingue et le quickstop. Je vais vous décrire ce dernier à faire qu’après force entrainement. Si vous êtes expérimenté,( mais là je n’ai pas grand chose à dire car vous savez sans doute le faire ) ne choquez pas la grand voile mais continuez à abattre jusqu’au largue, grand voile bordée puis jusqu’à vent arrière, pendant que les équipiers affalent ou roulent le foc (un foc qui bat est dangereux donc le rentrer rapidement). Du coup on a fait demi-tour et nous nous dirigeons vers le lieu de l’accident  QUE NOUS DEPASSONS pour empanner. La grand voile qui était jusqu’ici bordée pour réduire la vitesse, est alors choquée en grand pendant l’auloffée pour revenir sur l’homme à la mer au près bon plein , voiles faseyantes à environ une longueur de bateau par le travers et sous le vent de l’homme à la mer. C’est pour cette phase que l’aide du moteur peut être utile puisque nous travaillons à l’inverse de d’habitude, grand voile bordée par vent arrière et choquée au près (Toutes ces manoeuvres et particulièrement celle-ci doivent être répétées régulièrement pour n’avoir aucun doute sur ce qu’il faut faire).

On aborde l’homme à la mer par le travers (sur le côté), jamais à l’arrière. En général on tombe quand la mer est forte. Si nous l’accueillons à l’arrière, nous risquons de l’assommer avec la plage arrière ou sous la voute arrière du bateau .   A vous de  voir l’état de la mer. (Par 10 noeuds de vent sur une mer plate, l’échelle de bain est bien pratique). Si le bateau est très haut et que la récupération en devient hasardeuse, mettre l’annexe à l’eau.

Donc nous sommes par le travers de la personne.

  • Soit au vent de la personne pour la protéger des embruns et le bateau dérivera vers elle (le bateau se met entre le vent et la personne),  mais attention par vent fort le bateau peut dériver dessus  et là aussi l’assommer à surtout ne pas pratiquer au-dessus de 10 Noeuds de vent
  • soit sous son vent pour la laisser dériver vers nous (le vent passe d’abord sur la personne avant d’arriver au bateau) C’EST LA MEILLEURE SOLUTION

Si la personne est consciente, elle pourra nager vers nous. Sinon il nous faudra aller la chercher

Si nous avons lâché une bouée attachée au bateau (ex: le lifesling), elle a pu la rejoindre et nous n’avons plus qu’à la tirer jusqu’à nous. Encore faut-il que nous ayons pu nous arrêter dans la limite de la longueur de la ligne nous reliant à la bouée et que la personne se retourne dos au bateau. Car quand on la tire, si elle nous regarde, elle va boire la tasse par le simple fait que la halant vers nous, nous lui créons une vague et de plus sa tête a tendance à aller sous l’eau. (Si nous n’avons pu être assez réactifs et que nous avons dépassé le rayon de la ligne avant de s’arrêter, j’espère que la personne sur le pont a bien pris le soin de lâcher la ligne)

Quand nous nous sommes rapprochés d’elle, la personne est à l’un des bords pas trop près pour ne pas la blesser avec la coque du bateau, pas trop loin pour que nous puissions lui jeter un bout, une bouée attachée, un feu à retournement.  Il est préférable qu’elle soit en avant des haubans car à cette place la personne que l’on hisse fait office d’ancre flottante alors qu’à l’arrière elle ferait abattre le bateau qui pourrait prendre de la vitesse et finir par lui passer dessus.

Si vous êtes trop loin, il va vous falloir refaire l’approche, toujours de la même manière, en revenant au près bon plein au travers de la personne. Attention, même au moteur le bateau subit l’action du vent surtout si vous n’avez pas affalé les voiles. Et si le moteur fait défaut la voile peut nous sortir d’affaires. Donc même au moteur penser VOILE et perte de manoeuvrabilité à faible vitesse.

Il faut maintenant la hisser à bord. Petite note : une personne habillée de ses vêtements de quart avec les 3 couches de vêtements, ses bottes, son gilet gonflé, la bouée et tout le tintouin trempé, inertie aidant, elle peut peser jusqu’à 200 kilos… L’idéal est d’avoir un palan “homme à la mer” (voir dessin) sinon on peut en fabriquer un avec la bôme  ou la drisse de spi  et un tangon. Sauf si on a rien prévu d’autre il vaut mieux éviter de tirer directement avec la drisse de spi qui peut être trop courte ou dérailler du réa de tête de mât (on va tirer de côté). Il est préférable de fixer une poulie ouvrante sur la drisse de spi et utiliser une écoute qui passant par la poulie sera relié d’un côté à un winch et de l’autre à l’homme à la mer

Il attachera le bout sur son gilet de sauvetage sur le devant là où on attache les longes. C’est là que la sous cutale va faire tout son effet, car le gilet va servir de harnais pour le soulever. Sans sous cutale, le gilet va glisser et la personne retomber à l’eau cette fois-ci sans aide à la flottaison. Sinon lui passer un bout sous les bras et faire un noeud de chaise

Un truc que nous a montré l’un de nos skipper aux Glénans, c’est d’attacher un gros bout sur le rail de fargue ou au pied de 2 chandeliers pour en faire une sorte de marche qui peut soit permettre à celui qu’on sauve de prendre appui sur la coque pour l’aider à remonter soit permettre à un coéquipier de descendre plus facilement jusqu’à la personne pour l’aider. J’ai bien aimé aussi ce pare-battage en forme d’échelle, ou encore l’échelle de bain de l’annexe, à moins que vous ayez déjà une échelle de secours arrimée au plat bord. Nous avons également une longe qui se déplie pour faire une échelle de secours (voir chez Croix du Sud Marine)

Si la personne est inconsciente ou sans réaction, il va falloir aller la chercher. Si la mer est forte peu de chance de se mettre tout à côté sans la blesser, il va falloir prendre l’annexe et la ramener. Se jeter à l’eau pour aller la chercher ça craint, même avec beaucoup de précaution. On aura 2 personnes à sauver au lieu d’une.

Voilà la personne à bord, il n’a plus qu’à se reporter aux gestes qui sauvent pour en prendre soin et d’annuler l’alerte d’homme à la mer ou de les tenir au courant de l’état de la personne récupérée (voir aussi la fiche de suivi médical)

Bon, la prochaine fois, arrimer son gilet et sa longe à la ligne de vie, c’est plus facile !

Là encore je dois attirer votre attention sur les exercices à faire en s’amusant le premier jour de nav : soit s’amuser à récupérer un seau attaché à un pare-battage qu’on lance inopinément à l’eau pour créer les réflexes, soit par très beau temps, quand tout le monde se baigne faire un exercice pour hisser une personne par l’un des bords. On a même le droit de l’habiller pour l’occasion avant de la mettre à l’eau… Elle aura l’expérience de nager avec un gilet gonflé… C’est amusant (avec toutes les précautions) et cela créera les réflexes qui je l’espère ne seront jamais mis en pratique…