La forme de la coque

La forme de la coque

30 juillet 2018 0 Par Annie Lacarin

Je me suis souvent demandée quelle était la meilleure forme de coque pour un bon bateau.

J’ai donc creusé la question et bien sûr la réponse n’est pas si simple. Car en fonction de l’utilité que nous avons du bateau les formes “optimales” différent. Alors reprenons par le début et ce quelque soit le bateau (moteur, voile, annexe…):

Il y a d’abord 3 grandes familles de carènes :

  • les carènes à déplacement, synonyme d’autonomie et de confort (elles “poussent l’eau sur les côtés)
  • les carènes à semi-déplacement pour un compromis entre confort et vitesse
  • les carènes planantes idéales pour la vitesse (elles “déjaugent”)

Indépendamment il existe différentes formes de coques adaptées pour un usage différent :

  • les coques à fond plat pour les petits bateaux non pontés qui atteignent rapidement des vitesses élevées en glissant sur l’eau. Solution très avantageuses pour les eaux calmes (lacs, étangs, rivières) mais ces coques ne s’adaptent pas aux eaux agitées surtout à grande vitesse. Elles ne sont pas très stables et donc nous obligent à nous déplacer prudemment.
  • Les coques rondes qui équipent surtout les bateaux fluviaux. Elles sont très efficaces et glissent sur l’eau, mais sont en général lentes. Comme toutes les coques rondes elles roulent avec les vagues et provoquent facilement le mal de mer. Elles ne déjaugent pas.
  • Les coques en V permettent d’atteindre des vitesses élevées et de couper les vagues, même par mer agitée. Il existe plusieurs formes de V depuis le plus profond au V le plus plat. Là encore chaque V a des caractéristiques différentes et donc des usages différents
    • A déplacement et propulsion égaux, le V plat permet de sortir plus vite de l’eau, il est plus planant et va plus vite par mer calme qu’un V plus profond
    • Ce V peut aussi se transformer sur la longueur du bateau (V évolutif ). Une carène en V évolutif est un choix idéal pour un compromis entre vitesse et bon passage en mer. La plupart des bateaux de plaisance sont construits ainsi : étrave affutée en V qui s’évase sur l’arrière
    • en résumé :
      • le V plat a une meilleure stabilité au mouillage et a besoin de moins de puissance pour déjauger mais a tendance à taper dans le clapot
      • le V constant a un très bon passage en mer mais a besoin de puissance pour déjauger
      • le V évolutif a de meilleures performances pour une motorisation raisonnable mais est moins à l’aise par mer formée
  • Les coques en W ou en triple V se composent de 2 ou plusieurs coques reliées. Elles sont très stables mais présentent plus de surface mouillée.
    • Un cas particulier de ces coques sont les catamarans (2 coques en V reliées par un trampoline). Elles ont stabilité, vitesse et conviennent à n’importe quel temps avec une meilleure glisse que les monocoques. Elles prennent en général beaucoup de place pour se diriger et tourner et remontent difficilement au vent
    • autre cas : les semi-rigides avec coque rigide en aluminium ou fibre de verre associée à des boudins gonflables en caoutchouc ou en ipalon néoprène. Elles ont les avantages du pneumatique et du rigide : légèreté, consommation réduite, stabilité, bon passage dans les vagues mais moins performant par mer plate.

Alors quelle est la meilleure coque pour nos bateaux de plaisance ?

Ce sera forcément un subtil mélange : une coque en V pour couper la vague, mais un V évolutif qui en s’écartant vers l’arrière lui donnera plus de stabilité.  Une coque plutôt ronde sans abuser pour maximiser la vitesse mais éviter de trop rouler. Après à nous de voir s’il faut maximiser le confort avec un bateau plutôt large, lourd et assez plat ou la vitesse avec un bateau fin, léger à coque ronde avec toutes les graduations possible. Et quelle est la limite de vitesse ?  De toutes façon, tant que les voiliers ne déjaugent pas (mais maintenant ils volent… voir les foils) les bateaux voient leur vitesse limitée par le rapport entre leur longueur et la longueur de l’onde de vague qu’il créée.

Sans rentrer dans des détails d’hydrodynamique, sachez qu’il y a une relation entre la vitesse d’une vague et sa longueur d’onde (distance entre 2 crêtes). Ainsi plus le bateau va vite plus  sa vague d’étrave va se creuser et s’allonger . Quand la vitesse de la vague sera égale à la longueur du bateau nous aurons atteint la “vitesse de la carène”. Au dessus de cette vitesse, la crête de 2è vague sera alors derrière le bateau qui se cabre ce qui le ralentira immédiatement. D’où la course à l’allongement des bateaux… jusqu’au moment où un certain Tabarly a commencé à expérimenter les foils qui permettent maintenant de faire déjauger les voiliers.

Et que choisir entre un quillard et un dériveur ?

Le quillard a un lest placé très bas, généralement au bout d’un plan de dérive (qu’on appelle alors quille). Ce qui lui permet un couple de redressement important sans surcharger outre mesure son déplacement. Ce sont des bateaux plus lourds de ce fait. Ils s’entretiennent plus facilement et se redressent avec aisance après le passage de vagues violentes. Ce sont des ludions, stables, rapides et d’une grande maniabilité.

Les dériveurs sont munis d’un plan de dérive pivotant ou amovible. De ce fait le tirant d’eau faible  permet de “beacher” c’est à dire d’atteindre des lieux isolés et peu profonds. Ils sont souvent légers et donc plus facilement chavirables et demandent un entretien plus précis de la dérive et de son mécanisme. Il est l’élu des clubs nautiques avec son prix abordable pour les petites unités, leur bonne remontée au vent et leur adaptabilité au niveau de la mer et à la profondeur des cours d’eau.

Certains ont opté pour le dériveur lesté, mais cette solution supprime les avantages de la dérive simple sans apporter ceux du quillard.

Le vrai compromis est le voilier à quille relevable. C’ est une solution de plus en plus utilisée par certains chantiers souhaitant répondre à une demande de tirant d’eau faible tout en conservant un voilier performant. C’est, effectivement, dans ce cas, un très bon compromis au quillard. Les quilles relevables sont appréciées pour leur performances : voiliers bien lesté, profil pouvant être utilisé pour l’équilibre du bateau. L’inconvénient de ce type de lest se trouve surtout en cas de talonnage. Ou une dérive va remonter, seule, la quille relevable risque de casser, ou tout du moins, son mécanisme. En effet, ce dernier est souvent constitué d’un système à vis sans fin ou verins, dans le cadre d’une quille pivotante ou sabre.

La encore un choix à faire. Mais ce n’est pas le seul car que choisir entre le monocoque et le multicoque ?

Le monocoque surtout alu ou acier a encore de beaux jours quand on choisi d’aller dans les mers du grand nord ou du grand sud. Il remonte mieux au vent et permet de mieux se dégager d’une côte dangereuse. Les sensations sont aussi très différentes et très plaisantes pour les “mangeurs d’écoutes”. Il passe assez facilement partout, dans une marina encombrée par exemple, voir peut “beacher” si c’est un dériveur intégral. Côté budget c’est plus simple aussi : du prix de la place dans les ports en passant par la manutention, tout est plus accessible.

Mais le catamaran par exemple est de plus en plus prisé. Le volume habitable est inégalable  avec la possibilité de plusieurs véritables chambres avec leur salle d’eau, un carré et un coin cuisine de plein pied avec le cockpit. Cependant attention ce gain de volume n’est vrai qu’à partir de 12 mètres. En dessous, le monocoque est plus intéressant de par sa largeur et sa hauteur sous barrot. Le confort en navigation est, lui aussi , beaucoup plus important. Il est beaucoup plus stable et la navigation plus paisible. Attention là aussi à la taille. Sous les 12 m , le catamaran peut être inconfortable par mer formée (il “tape” très fort) et la plateforme doit rester assez haute pour être à l’abri des vagues. Question aussi sur le fardage plus important donc plus de prise au vent et plus de difficultés de manoeuvres. Dans tous les cas, ce confort de navigation est au dépens des sensations. Ainsi le mauvais temps est plus difficile à appréhender quand le vent monte.

Malgré que certains chantiers (catana par exemple) commencent à trouver des solutions, le catamaran remonte toujours moins bien au vent, mais son plus gros inconvénient est le manque de place dans les marinas et son coût d’entretien (longueur, accastillage, 2 moteurs…)

Autre multicoque : le trimaran. Apprécié des passionnés de vitesse, il propose une sécurité au top. Cependant son espace habitable est limité, inférieur à celui d’un monocoque.

Alors qu’en pensez-vous ? Tant de pour et tant de contre… A vous de choisir