Le Confort en Mer

Le Confort en Mer

15 août 2018 0 Par Annie Lacarin

Bien que le confort en mer puisse être une notion parfaitement subjective, certaines règles paraissent s’appliquer à chacun d’entre nous. Et les plus importantes d’entre elles sont résumées par la règle des 5 F : Pas de Faim, Pas de Froid, Pas de Fatigue, Pas de Frousse et pas de Foif (bon d’accord pas de SOIF.. on fait ce mauvais jeu de mot depuis des décennies). A cette règle nous pouvons ajouter quelques conseils de navigation que beaucoup d’amateur connaissent et que nous nous permettrons de rappeler. Toujours est-il que ces règles de confort sont aussi les règles qui permettent d’éviter le mal de mer.

Commençons par les 5 F

PAS DE FAIM . Même les plus amarinés savent que par mer houleuse l’estomac peut être sujet à certaines contractions. La meilleure manière de le calmer c’est de l’occuper. Il ne DOIT JAMAIS RESTER VIDE en navigation. Ce qui implique qu’en préparant nos navigation et surtout l’avitaillement nous devons penser à alimenter nos coffres de fruits secs, barres de céréales, fruits frais, petits sandwichs ou douceurs que chacun aimera se mettre sur la langue.

Nous savons qu’en mer nous avons tendance à perdre du poids. La musculation passive entrainée par le fait que notre corps compense en permanence les mouvements du bateau, nous permet de consommer un nombre de calories respectable. De plus en mer, les repas sont souvent pris sur le pouce et sont moins pléthoriques qu’à terre. Aussi ces grignotages outre de stabiliser notre estomac, n’auront en général aucune incidence sur notre poids. Bien sûr si les navigations ne prennent qu’une après-midi et se terminent au port avec un « gueuleton » bien arrosé, les conséquences seront différentes…

PAS DE FROID : Le vent refroidit le corps… Si nous faisons de la voile, nous avons besoin du vent. De plus ce vent en été dans les mer chaudes (y compris en Méditerranée) est particulièrement apprécié pour échapper à la chape de plomb du soleil d’été sur terre.  Nous savons que chaque 10km/h de vent fait baisser la température ressentie de 1°. Notre sueur sèche plus vite et refroidit encore plus le corps (nous soufflons sur nos aliments trop chaud pour les refroidir). Donc nous devons prévoir des vêtements adaptés. Dans un premier temps un teeshirt en coton lâche peut faire l’affaire et les calories utilisées pour réchauffer notre corps va de nouveau nous faire consommer des calories et donc nous faire maigrir. Mais dès que la sensation de fraicheur devient claire il vaut mieux renforcer notre confort et commencer à enfiler nos 3 peaux.

La première sera un haut « technique ». Ce sont ces teeshirts en matière synthétiques qui ont la particularité de laisser passer l’humidité du corps. Le coton se « mouille » de notre sueur entretenant une sensation de froid humide. Le teeshirt technique restera sec, la sueur étant transmise à l’extérieur. La seconde peau sera une veste en polaire. La polaire créé une couche d’air que le corps réchauffe l’isolant de l’extérieur. La 3e couche est la veste de quart qui est imperméable au vent et à l’eau mais qui elle aussi, comme le Teeshirt technique permet l’évacuation de l’humidité du corps. Vous avez les mêmes couches pour le bas du corps, jusqu’aux chaussettes. Certains vêtements comme les combinaisons sèches peuvent même servir de vêtement de survie en mer.

PAS DE FATIGUE : La fatigue réduit les capacités du corps à s’adapter et à réagir correctement. Avant une traversée il est conseillé de bien se reposer. Mais parfois la tension d’un départ, les milliers de choses à organiser, l’excitation peuvent perturber le sommeil. C’est pourquoi à bord il est préférable de profiter des moindres instants de liberté pour se reposer, voire « de piquer un somme », surtout si nous sommes organisés en quart de veille. Si le corps n’est pas encore amariné, un petit somme tranquille va souvent permettre de régler l’inconfort éventuellement ressenti. Ha ! Un détail : Si vous êtes organisé en quart de 3 heures (2 cycles de sommeil) n’oubliez pas de MANGER AVANT DE DORMIR (oui je sais c’est contraire à tout ce que nous avons appris de « sain ») car vous aurez besoin de calories pour être éveillé et attentif durant votre tour de veille. Manger 3 heures avant votre quart vous permettra d’assimiler votre repas et donc de bénéficier de cet apport énergétique plutôt que d’être endormi par votre digestion…

PAS DE FOIF (SOIF) : l’air marin déshydrate. Je ne vous infligerai pas la théorie de l’osmose dans un milieu humide… Simplement nous devons boire régulièrement en mer d’autant plus que nous sommes très jeune ou assez âgé… Donc avoir toujours sur le pont eau fraiche ou chaude, boisson à votre goût, soupe, gaspacho, fruits frais… Eviter tout ce qui est alcoolisé car l’alcool dessèche (vous vous rappelez la bouche sèche les lendemains de soirée arrosée ?) Un petit aparté sur l’alcool en mer : je sais que les « vrais » marins ont toujours du rhum à bord ! Oui mais le bateau est un milieu « piégeant » : filière assez basse pour passer par dessus, passerelles instables, bouts qui traînent, taquets traîtres pour les orteils et j’en passe. C’est un milieu excellent pour exercer notre attention et notre agilité (c’est ce qui rend des vieux marins de 80 ans et plus verts comme des jeunes hommes). Mais l’alcool perturbe gravement nos facultés… donc à réserver pour les moments de convivialité sans risque.

et le dernier PAS DE FROUSSE : et là nous passons directement dans la maîtrise de la navigation et de la psychologie à bord. D’abord les peurs générées par un milieu inconnu. Que nous soyons homme ou femme ces peurs existent et nous ne devons pas les nier, mais les comprendre. Nous avons un cerveau reptilien qui nous protège en permanence de toute nouveauté. C’est cette partie de nous-même qui gère tous les instincts de survie. Si nous avons toujours vécus à terre, la mer est un milieu qui peut mettre en alerte tous les systèmes de préservation que nous possédons et c’est l’une des composante du mal de mer. Il s’agit donc de « rassurer » cette partie essentielle de nous-même pour jouir d’un bonheur optimum en mer.

Et contrairement à ce qui se dit (voire se pense) les femmes n’y sont pas plus sujette que les hommes, elles sont seulement plus honnêtes et très souvent pas les premières à demander à aller en mer… quoique Florence Artaud, Hellen Mac Arthur, Maud Fontenoy, toutes les dames qui maintenant font partie des équipes de l’American Cup et j’en passe et des meilleures, pourraient nous prouver le contraire. Donc comment rassurer notre protecteur ? D’abord en faisant connaissance avec ce nouveau milieu.

Pour une croisière en mer de quelques jours il suffit la plupart du temps de commencer par 2 ou 3 jours de ballade de quelques heures dans la journée sur une mer calme, en vue des côtes et assortie d’arrêt dans de belles calanques pour plonger, faire du snorkeling (randonnée aquatique avec palmes, masque et tuba), du paddle, du jetski ou tout autre activité amusante. Si la sortie est bien programmée le corps va assimiler la mer et le plaisir  et les peurs disparaissent. Puis y aller progressivement en perdant pendant quelques heures la côte de vue, toujours par beau temps avant d’entreprendre des voyages plus « musclés ».

Le type de bateau choisi peut aussi jouer : un catamaran de luxe sera beaucoup moins anxiogène qu’un monocoque de compétition. On perdra moins de calories mais l’expérience est proche de celle vécue au bord de la mer (pas de gite, espace de vie avec vue sur mer, repas au calme etc)

La manière de gérer la navigation également. Les routes effectuées au grand largue sont agréables même par vent « dynamique » puisque la vitesse du bateau se déduit de la vitesse du vent réel si bien que le vent ressenti devient bien plus faible, le monocoque ne gîte pas ou peu. Il est même possible de cuire des bons repas et de manger à table facilement ou de faire une bonne partie de carte…

Un autre point essentiel ; tous les coéquipiers doivent avoir la compréhension de ce qui se passe sur le bateau. Ils doivent absolument participer à la préparation :

  • choix des aliments
  • compréhension de la météo au moins succincte
  • établissement de la route en fonction du vent
  • manoeuvre des voiles (au moins les bases des allures, du virement et de l’empannage)
  • et passer la première journée à la revue des équipements de sécurité voire des manoeuvre de l’homme à la mer

Notre cerveau reptilien va comprendre que tout est fait pour la sécurité à bord et pour le confort.

Et si rien n’y fait et que la peur vient d’un niveau plus profond, ou que le mal de mer vient d’un problème physiologique, là encore il y a des réponses.

Mal de mer physiologique : nous pouvons essayer d’abord les médicaments : cocculine (homéopathique) ou patch de scopolamine pris la veille au soir et le matin du départ (attention la scopolamine peut avoir des effets secondaires, voir avec votre médecin).

Puis voir avec des entraînements à terre. Certaines personnes dont le métier est la mer ont dû suivre quelques séances chez des kinésithérapeutes spécialisés pour que le corps puisse se réorganiser en fonction des nouvelles données en mer. En effet en mer la vue ne donne pas les mêmes indications que l’oreille interne ni que les récepteurs situés dans nos articulations et nos muscles (ce sont ces récepteurs qui permettent la marche). Le cerveau qui gère tous ces paramètres se trouve désorganisé. Normalement au bout de 2 à 3 jours, tout rentre dans l’ordre et ces différences sont parfaitement gérées. Au point même que certains, de retour à terre ont du mal à marcher sur un sol qui ne bouge plus… C’est pourquoi les 2 ou 3 premières journées de mer doivent se faire dans des conditions douces et agréables pour que cet apprentissage se fasse en douceur. Et c’est aussi pourquoi dans des cas limites heureusement rares les kinésithérapeutes peuvent être très utiles.

L’autre cas est une phobie en général due à une expérience désagréable. Une fois que cette phobie s’est ancrée elle est plus difficile à nettoyer. (ma soeur qui a vécu sur un bateau en perdition n’est pas très chaude pour monter à bord de notre Green Dragon). Mais là encore des techniques existent pour peu que le désir de partager une expérience plénifiante en mer soit là. Je ne saurais trop recommander des techniques simples comme le fast EFT (https://www.youtube.com/watch?v=V2o00n6KRCM ) ou quelques techniques d’autohypnose ou d’hypnothérapie menées par un spécialiste.

TOUT tient dans un seul mot : la PREPARATION. Ce qui englobe tous les domaines de la navigation y compris les problèmes humains.

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