Voyage en Sahara occidental

Voyage en Sahara occidental

18 janvier 2019 0 Par Annie Lacarin

Nous nous trouvons maintenant en Grèce à faire les révisions du bateau pour la nouvelle saison, et pendant nos longues soirées, il nous arrive de feuilleter notre album photo et de nous souvenir. Ah ! le Maroc !

Nous y avons rencontrés des personnes adorables. Reçus plusieurs fois tant à Fès, qu’à Nador et même en plein désert, ces familles marocaines nous ont permis pendant quelques instants de partager leur vie de tous les jours. Nous avons essayé de nous comprendre et de partager nos espoirs, nos peines et nos joies. Je dois avouer que partir nous a été difficile tant ils sont devenus chers à nos coeurs.

Une rencontre qui nous a marquée est celle que nous avons faite lors de notre voyage  à la limite du Sahara occidental. Nous en avons profité pour visité la superbe oasis de Figuig, ville frontière entre le Maroc et l’Algérie. Notre séjour a été si riche en évènements qu’il nous faudrait au moins 2 ou 3 articles pour partager cette expérience.

D’abord l’arrivée à Bouarfa dans une famille d’ami d’ami d’ami a été extraordinaire. Accueillis par le patriarche, nous avons vite été happés par le tourbillon familial. C’est une maison qui ne désempli pas. Voisins, frères, soeur, cousins et cousines vont, viennent, partagent le repas . Les enfants courent, jouent, s’interpellent. Les soeurs font des montagnes de crèpes, des grandes marmites de tajines délicieuses, des plateaux de friandises…

Le soir venu, nous arrangeons un coin du salon de réception et elles entassent matelas et couvertures… C’est que les nuits sont fraiches et que les maisons ne sont pas prévues pour être chauffées. Partis de Nador avec 20 degrés, nous atteignions à peine 8 degrés vers la minuit dans ce village près du désert.

Le lendemain, petite visite à Figuig, une magnifique oasis de 190 000 palmiers qui nous fit découvrir comment en plein désert la gestion de l’eau permet le développement d’une végétation luxuriante. La source de Thaddert, résurgente des montagnes environnantes présente un débit exceptionnel de l’ordre de 80m3 par minute hiver comme été. Canalisée jusqu’à des réservoirs à ciel ouvert, puis distribuée par un circuit de petits canaux soigneusement entretenus, cette eau est distribuée selon un horaire très précis, propriété par propriété, carré de terre par carré de terre pour alimenter palmiers dattiers et champs. La distribution est si complexe que seuls les anciens, nous dit-on, savent réglementer les quantités d’eau par propriétaire, et là, l’eau c’est de l’or. Vous trouverez à cette adresse toute l’histoire des batailles pour la possession de cette richesse écrite en 1917 ( https://www.persee.fr/doc/geo_0003-4010_1917_num_26_144_4016 ). Voyez également le site officiel de la ville qui nous explique les problématiques actuelles (émigration et assèchement) http://www.ville-figuig.info/index.php/potentialites

2 grands bassins réservés l’un aux femmes qui y font la lessive, l’autre aux hommes pour se rafraichir ont aussi leur histoire. Le réservoir réservé aux hommes est parfois revendiqué par les femmes qui, une fois dans leur vie peuvent s’y baigner la veille de leur mariage, pour appeler la fécondité… Une curiosité : chaque palmeraie est protégée par ses propres murs, et avant de pouvoir accéder aux plus grandes d’entre elles, nous nous sommes un peu perdus dans un entrelacs de petites rues étroites jusqu’à ce que notre voiture soit coincée face à deux charrettes tirées par des ânes (véhicules beaucoup plus adaptés à ces ruelles). Bravo au conducteur qui a su avec brio se sortir de ce piège..

Et puis, il y a les maisons faites de palmes de dattier et de terre séchée. Serrées les unes contre les autres, elles forment tout un quartier où les rues sont enfouies comme en des tunnels. Vastes maisons familiales encore habitées, formées d’alvéoles réunies autour d’une cour intérieure, elles marquent l’intemporalité d’une vie communautaire.

De retour à Bouarfa le lendemain matin, nous avons dû nous soumettre au désir de nos hôtes de nous garder encore quelques temps. C’est ainsi que nous avons pu partager les défilés du 1er Mai avec une manifestation de femmes (vivant sous tente berbère) réclamant des maisons, assister au traitement d’une personne souffrant d’un tennis elbow par piqure d’abeille (ouille, ouille ouille…) et être reçus par la maman de notre amie qui nous a fait l’honneur de sa ferme dans le désert.

Bon je ne recommanderais pas le traitement du tennis elbow par les abeilles… Le frère de notre amie qui a prodigué ce traitement nous affirme que cela marche bien… Peut-être que la douleur de la piqure atténue par comparaison la douleur de la tendinite, mais le lendemain la personne traitée avait un bras type “Popey” très gonflé qu’heureusement les antihistaminiques ont pu réduire en 2 ou 3 jours… Peut-être à étudier plus avant.

Quant à la maison de notre fermière, beaucoup d’européens n’auraient pas compris la grande fierté de cette femme de 73 ans, seule dans le désert à garder ses moutons et ses volailles. ses enfants faisaient plans sur plans pour l’amélioration de son habitat. Lui prévoir un panneau solaire supplémentaire pour l’alimentation en électricité à positionner sur un nouveau toit, la réfection de la citerne d’eau (alimentée par ses fils qui la remplissent ponctuellement), l’habillage des sols en terre battue. Mais je ne peux qu’être particulièrement admirative devant cette personne, autonome dans le désert comme nous devons l’être dans notre bateau. Et puis, cette habileté au tissage ! Elle a construit une petite tente, comme les gardiens de mouton le font, pour y abriter son métier à tisser. Bien que la chaine soit faite de tissus de récupération, elle en faisait un tapis serré et multicolore pour parfaire l’étanchéité de la tente. Je garde précieusement le très beau petit coussin dont elle m’a fait cadeau.

C’est avec peine que nous sommes partis pour rejoindre par Oudja notre port de rêve à Atalayoun. Dans ces centaines de kilomètres d’erg habillé d’Alfa, reverdi par les faibles pluies hivernales, nous posons notre regard sur les troupeaux de mouton réunis pour le Ramadan et nous ne pouvons que repenser à nos hôtes généreux. Malgré peu de moyens, ces amis ne savaient quoi faire pour nous faire plaisir et en partageant leur vie quotidienne, ils nous ont donné une expérience inoubliable.

Merci les Berbères de Bouarfa. Vous resterez dans notre coeur !