Hiverner à Galaxidi

Hiverner à Galaxidi

10 mai 2019 0 Par Annie Lacarin
Un hiver du Green Dragon en Grèce

Et pour ceux qui préfèrent un article … Voici le texte de la vidéo et un peu plus.

Quand nous avons traversé la Méditerranée d’Ouest en Est, nous avons discuté avec quelques plaisanciers pour connaître les meilleurs lieux d’hivernage sur la côte Ouest de la Grèce. Ils sont nombreux : Preveza, Lefkas, Trizonia (qui a été gratuit jusqu’en Juillet 2018), Itea, mais finalement, nous sommes tombés en amour pour ce petit village de Galaxidi au bord du Golfe de Corinthe.

Ce petit port naturel est assez connu des grecs. De nuit comme de jour, il offre en hiver un visage bon enfant et agréable, où à peine une vingtaine de bateau de croisière peuvent trouver refuge…

Et cependant au 19è siècle près de 400 bateaux y étaient construits et cette baie était le 2è lieu de commerce maritime de Grèce avant la révolution de la vapeur.

Bon, d’accord,  qui dit port naturel dit pas de digue. Mais il est assez bien protégé sauf des vents de Nord Est. Mais là, il vaut mieux se tenir les coudes et s’attacher ensemble entre tous les bateaux en se collant contre la petite halle. Heureusement c’est assez rare.

Et de plus, nous avons un ange gardien : Costa Papalexis. Le propriétaire de la Caverne d’Ali Baba qui nous trouve tout ce que nos bateaux ont besoin dans un temps record et à un prix tout à fait raisonnable. Et il est là jour après jour pour veiller sur nos bateaux ou à faire faire un tour sur son beau catamaran.

Mais sous des dehors très sérieux c’est aussi un joyeux compagnon pour ces soirées internationales impromptues. Elles se créent spontanément entre les marins du monde entier qui se rencontrent ici à la faveur d’une courte escale ou d’un long hiver partagé.

Que de repas organisés chez l’un ou l’autre et de crises de fous rire dans au moins une dizaine de langues différentes. Chacun prépare sa spécialité que nous dégustons ensemble. Alain, le Suisse nous a rapporté de la fondue, Geoffrey, le Gallois nous a régalé d’un curry d’agneau divin et d’un Christmas pudding mémorable, Costa nous fait découvrir les spécialités grecques et j’en passe…

Mais ce petit village de presque 2000 habitants est très vivant, et en hiver nous ne pouvons les accuser de le faire pour les touristes. D’abord les danses folkloriques apprises assidument par les habitants de tous âges dans le gymnase de l’école. Bon, d’accord, le jour où nous avons filmé, c’était un jour où Hélios jouait avec l’eau et le soleil.

Il faisait le spectacle avec ses arcs en ciel magiques dans ce ciel le plus souvent d’un bleu limpide.

Et puis des défilés que ce soit pour les commémorations, jour du « Oxi » le “non” de la Grèce à l’Italie pendant la dernière guerre ou pour le jour de la fête nationale

Ou encore une bénédiction de la mer et des bateaux en grandes pompes le jour des rois. Nous avons accompagné (en esprit) ces jeunes athlètes dignes des anciens jeux olympiques se jetant à l’eau en plein hiver à grand renfort d’encens et de chants religieux

Et tous les jours de cet hiver, à 10h du matin, Geoffrey cet anglais qui est devenu un ami , venait nous arracher à nos occupations et réparations diverses pour découvrir à pied les paysages époustouflants qui nous entourent. Ici, plages, mer et montagnes sont si belles.

Et comme dans tous ces pays plutôt chaud, l’hiver est le temps de l’abondance des légumes frais et des fruits délicieux. Même les fleurs de la nouvelle année ont commencé à apparaître dès mi Février.

Mais n’oublions pas la navigation.

Que ce soit pour accompagner les régates de petits voiliers, ou étaler un coup de vent d’Est qui bouscule nos bateaux, ou encore pour aider un bateau en phase d’accostage, tout le monde est sur le pont. 

Et il est si simple de lever l’ancre et de faire un tour dès que l’envie nous en prend. Sous prétexte d’aller faire quelques courses à Itéa nous allons faire un tour sur un bateau ou un autre. Ainsi nous avons navigué sur Héléna , un beau ketch de 1913 rénové par l’association créée par Alain Linder et ses amis. Il vous offre de belles ballades en Grèce quand vous le voulez. Ou, au contraire, c’est notre bateau qui fait découvrir à 3 amis anglais motoristes les plaisirs et le silence de la voile.

Itea, 4500 habitants, où nous allons au supermarché et très pratique pour ses bus irriguant  toute la région. Ainsi il ne faut que 2h1/2 -3h pour aller à Athènes, mais il est aussi facile d’aller à Delphe, Patras, Amfissa… . Itéa est un port plutôt bien protégé où nous pouvons mettre le bateau au sec et faire toutes les réparations et le carénage. Un camion grue se déplace et une équipe prend en charge le nettoyage immédiat de votre précieux fardeau.

Mais c’est là aussi où nous avons été surpris par une volée de cerfs-volants tous plus audacieux les uns que les autres célébrant le début du carême

Et autour de Galaxidi ? On troive à foison des lieux aussi beaux et historiques les uns que les autres. Nafpaktos ? On y accède en bus depuis Galaxidi, en environ 1h1/2. 

Nous nous y sommes rendus pour faire quelques courses et faire nos examens médicaux annuels. C’est une grande citée avec une longue histoire qui remonte au moins au 5è siècle avant JC. Juste après le resserrement de Patras  elle contrôle l’accès au golfe de Corinthe. Elle a été souvent l’objet de conquête par les Athéniens, par les Spartiates, par les Macédoniens, par les Goths, par les Slaves, par les Normands, par les Vénitiens puis enfin par les Turcs qui la détiendra en  1499 puis de 1699 jusqu’en 1829 date de la libération de la Grèce. 

Mais pour ceux qui veulent un peu mieux connaître la Grèce, il est si simple de louer une voiture. Soit directement à Galaxidi, soit encore moins cher à l’aéroport d’Athènes 

Et le lieu qui nous a d’abord attiré : c’est le canal de Corinthe. Ce fameux canal a été construit sur l’emplacement d’un chemin de bois du 6è siècle avant JC dédié au roulage des navires entre la mer ionienne à l’Ouest et la mer Egée à l’Est. Le chemin dallé muni d’ornières de guidage permettait de tirer des bateaux posés sur des bers grâce à un système de contrepoids très ingénieux. Il a disparu vers le 1er siècle après JC. Un canal manquait. Commencé le 29 Mars 1882 il est inauguré le 25 Juillet 1893 grâce en partie à un financement français malgré les déboires du canal de Panama.

C’est une voie d’eau de 6km de long sur 25m de large. S’il est profond de 8 m les 80m de falaise qui entourent les 11 000 bateaux qui l’empruntent chaque année le rendent très impressionnant. Il leur évite un détour de 400km autour du Péloponèse devenu de facto une île.

Mais pour y arriver nous devons passer la montagne, et qui dit montagne dit neige non ? Hé oui, le mont Parnassos qui culmine à 2460m, demeure des 9 muses sous la direction d’Apollon présente une belle station de ski… Pas banal non d’aller en Grèce pour faire du ski… Le Mont Parnasse, c’est lui que vous apercevez décorant de ses neiges pas tout à fait éternelles notre photos de présentation.

Sur la route nous nous sommes arrêtés à Delphes, C’est là que résidait la Pythie qui révélait les Oracles d’Apollon. Et c’est aussi ici qu’on retrouve l’Omphalos (le nombril du monde, le centre du monde selon les Grecs mais aussi symbole de fécondité de ce centre régénérateur). 

Dès le 8é siècle avant Jésus Christ de nombreuses villes de Grèce y bâtissaient leur « trésor ». Ces petits temples votifs regorgeant de richesses représentaient chacune des villes auprès du dieu Apollon associé à la terre mère. Mais pendant les 3 mois pendant lesquels Apollon se purifiait en Hyperborée on y sacrifiait aussi  à son opposé, le dieu Dionysos. Et un peu plus bas, sur les pentes escarpées du Mont Parnasse, les anciens y adoraient aussi Athéna dont le temple protégeait le sanctuaire.

Les restes du magnifique temple d’apollon de 24m sur 60 sont impressionnants, mais il y avait aussi de nombreux autres bâtiments et un grand stade. Les magnifiques statues parfaitement restaurées dans le musée nous font revivre des moments intenses de la vie antique.

Nous continuons vers Epidaure. Arrivé un peu tard nous trouvons un appart/hôtel merveilleux donnant sur la baie où une citée est engloutie (vous pouvez l’apercevoir sur Google Earth). Dès le lendemain, nous arrivons à Epidavros. Ville d’Asclépios et haut lieu de la médecine des songes. Dans les ruines en cours de reconstitution on y redécouvre la vie 5 siècles avant JC, l’hôpital (l’abatton) les hôtels, les bains, les temples, le stade et surtout ce magnifique théâtre totalement conservé où on entend sans peine en haut des gradins des paroles chuchotées au point focal de la scène de 20m de diamètre.

 Merveille de construction et prototype de nombreux autres théâtres en Grèce antique

Cerise sur le gâteau, de Juin à Septembre tous les vendredis et samedis un drame antique est joué dans ce théâtre à ciel ouvert…

Nous n’étions pas loin de Mycène, Mykonos pour les Grecs. Là où on disait avoir retrouvé la sépulture d’Agamemnon, mari de la Belle Hélène héroïne de la guerre de Troie. Et en effet, non loin de la porte des Lionnes, on a bien retrouvé les restes de guerriers fameux, très athlétiques.. et très riches. Merveilleuse Mycène qui incarne, 1700 ans avant JC, la civilisation mycénienne  avec son écriture Linéaire B et sa connexion avec la Crête

Retour à Amphissa pour la fête des fantômes le vendredi précédent le « lundi pur », début du carême. 

Il était une fois dans le quartier Harmaina, un jeune tanneur appelé Konstantis qui aimait tendrement la belle Lenio. Mais un jour de printemps fatal celle-ci fut frappée par la foudre anéantissant tous les espoirs de ce jeune couple. Le lendemain fou de douleur le jeune Konstantis s’éteignit au pied du château et depuis il veille sur le bonheur d’Amfissa. 

C’est pourquoi à la fin du carnaval toute la population lui rend hommage en se parant de peaux, de cloches et de peintures pour l’accueillir pendant que de belle jeunes filles telles des prêtresses défilent dans toutes la ville.

Toute la fête commence au son de la flute et du tambour. Leur rythme obsédant va crescendo pendant que les danses s’accélèrent jusqu’à un paroxysme qui fait penser aux cérémonies antiques pendant lesquelles on appelait la protection des dieux. Après tout Delphes n’est pas loin et Apollon et Dionysos sont sans doute toujours présents au coeur séculaire des grecs. Et c’est ainsi que nous avons parcouru la ville montant jusqu’à la basilique pour y accueillir le « monstre »  sorte de bacchus protecteur qu’est devenu Konstantis et l’accompagner jusqu’au coeur de la ville où plus de 3000 personnes l’attendent pour le célébrer dans un charivari étourdissant.

Revenus à Galaxidi le lundi suivant, nous retrouvons une autre célébration : la guerre des farines. Ce jour là, toutes les maisons se parent de grandes protections en plastiques. A l’entrée du village des sacs de farines colorées sont distribuées et tout le monde converge vers le port où une grande bataille a lieu. Elle va durer toute la journée avec des danses, des libations et des chants qui ne s’éteindront qu’aux aurores. Inutile de vous dire que nous avions mis le bateau en sureté à Itea.

Alors que fêtait-on ? Toutes les traditions convergent vers ce temps de « décompression » juste avant les 40 jours de jeûne qui président aux fêtes de Pâques. C’est le temps ancestral des fêtes dionysiennes célébrant le vin qui a fermenté tout l’hiver. On y fête le renouveau du printemps et certaines villes comme Tyrnavos qui a maintenu la cérémonie du bourani avec un rituel phallique remercient la nature pour toutes ses bontés. Restée plus ou moins interdite et secrète cette cérémonie n’a reçu l’accord officiel qu’en 1980. A Itea ce sont les cerf-volants. A Kaira, en Crète, un chameau d’opérette appelle à la fête les villageois déguisés de peaux de mouton. A Skyros c’est la Tatra sorte de représentation maritime où des poèmes satiriques sur la vie sociale en Grèce sont déclamés et j’en passe tant cette période est fertile en réjouissances . Certains parlent aussi de la préparation l’Annonciation à Marie le 25 Mars, d’autres du début de l’insurrection contre les turcs.

Fête dionysiaque ? Mais c’est sûr qu’il s’agit d’une période de défoulement total. Pour la petite histoire plus d’une tonne et demi de farine va s’envoler dans le port de Galaxidi et nourrir une myriade de poissons attirés par cette manne inespérée. Inutile de vous dire que ce « Lundi pur » appelé ainsi car c’est le jour dédié au nettoyage total des maisons avant le carême est bien nommé ici. Le lendemain tout le monde s’affaire à redonner un visage plus convenable à la ville.

Je ne vous ai pas parlé des traditions de la gastronomie locale… Mais cela fera l’objet d’un prochain article… 

Un dernier petit tour au Musée de Galaxidi pour se remémorer comment nos anciens vivaient la mer, puisqu’ici il y a 1 siècle et demi de grands bateaux étaient construits et commerçaient dans le monde entier. La baie était couverte de ces magnifiques voiliers et on redécouvre les « octans » ancêtres des sextants que nous connaissons maintenant.

Et puis nous nous préparons pour le départ. Chacun reprend sa route et nous nous éparpillons dans toutes les directions.

A nous revoir au prochain hivernage quelque part dans le monde !